Friday, June 09, 2006

Qu'est-ce que la philosophie peut apporter au discours architectural ?

J'ai été extrêmement blessé... Parler de libido ! Ça n'a vraiment rien à voir avec ça... Tu te trompes, c'est beaucoup plus fort, beaucoup plus riche. Je t'explique. On se construit un petit monde. [Des amis.] Des amis <>exclusifs<>. Jamais vus, jamais croisés. Mais des vrais amis. Le hongrois qui collectionne les scarabés. La tunisienne qui habite dans un immeuble vide au fond de la zone industrielle, qui rentre le soir, qui n'a pas peur, qui aime aller danser, qui a son voisin qui s'est fait voler son vélo dans l'escalier, qui habitait avant boulevard Beaumarchais... Ces amis, c'est nous deux, une danse macabre. La nuit ils se lèvent, ils se donnent la main, ils tournent dans ma tête, ils chantents de polyphonies. Un jour, on se rencontrera pas... On ira tous ensemble promener nos chiens au bord du canal, ils tireront sur leurs laisses. On marchera du même pas. La harpiste n'aura pas peur. Elle jouera sur les laisses des sons distordus et presqu'inaudibles, on aura soif, on boira l'eau du canal en regardant, profonde, la lune qui se reflète sur la vase. Le canal est calme. Froid ? Non, vraiment, je n'ai jamais eu peur. Non, tu n'a pas compris. Tu m'as blessé avec ton truc sur la libido. N'importe quoi ! Froid ? On rentre, on traverse les friches, les hangars, les néons. On habite des immeubles désertés au bord de la zone. Les pièces sont vides, les carreaux sont brisés, on s'installe, on sort des bougies, on en met un peu partout, on les allume. On se chauffe les mains sur les flammes, les immeubles se parlent. Patterns rouges oranges. Les dealers émaciés nous harcèlent. Froid ? Les rideaux noircis s'effilent dans le vent. Froid ? Des coups de masse sur le crépi, une tache de sang sur le béton. Un ange impubère recroquevillé. Blessé. Les cernes sous les yeux.

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